DECOPRIM 1

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.. à suivre ..


J'ai eu quelques hésitations, quelques réticences même, quand on m'a demandé d'écrire un article pour la présente publication. Qu'est-ce que je pourrais bien écrire: depuis bientôt deux ans, je ne suis plus titulaire d'une classe, depuis plus longtemps déjà, je n'assumais qu'une demi-tâche à l'école, ...
En y réfléchissant, je me suis posé la question: Sommes-nous prêts à nous plier aux mêmes exigences auxquelles nous soumettons nos élèves?

Quand le lundi matin ou le mercredi après-midi, nous demandons à nos élèves d'écrire une rédaction sur leur animal préféré ou de rédiger un texte sur la fabrication du verre, nous ne nous posons souvent pas la question s'il y en a peut-être parmi eux qui n'aiment pas les animaux ou que la fabrication du verre n'intéresse pas du tout. Et pourtant ...
Alors: Suis-je vraiment prêt à me plier aux mêmes exigences auxquelles je soumettais mes élèves? Des questions de cette sorte, il faudrait peut-être en poser plus souvent pour mieux comprendre les comportements et les réactions des autres.

Ainsi, au cours d'un autre projet, un enseignant m'avait fait parvenir un article à photocopier pour les autres participants au projet: l'article, écrit en luxembourgeois, regorgeait de fautes d'orthographe. Comment par exemple, aurait réagi cet enseignant si on lui avait souligné toutes les fautes pour lui rendre son "devoir" avec ces mots: "Corrige-moi un peu ce travail, tu sais bien où trouver l'orthographe exacte dans ton dictionnaire ou dans tes bouquins!" Et pourtant, n'est-ce pas là une remarque que nous faisons en classe à nos élèves, presque quotidiennement?

me semble un facteur essentiel à tout apprentissage: prendre conscience de nos propres "agissements" pour constater qu'il y a besoin et moyen de changer, d'apprendre. Il est à mon avis inconcevable qu'en tant qu'enseignant, on ne mette pas (régulièrement? continuellement?) en question son approche pédagogique. sub(1)
Bien sûr, nous avons nos programmes, nos manuels sub(2) qui nous indiquent la voie à suivre. Et, au fond, la voie à suivre, est-ce qu'elle existe?
Lors d'une réunion avec des enseignants pour présenter de nouveaux manuels, un instituteur a posé aux animateurs la question suivante: "Alors, cette fois-ci, si nous employons ce matériel que vous nous présentez, si nous travaillons de la façon que vous nous avez exposée, est-ce que ça va marcher? Est-ce qu'ils vont l'apprendre avec cette méthode?" Pour moi qui faisais partie des animateurs, c'était le signe qu'on avait échoué dans notre présentation, qu'on n'avait pas réussi à faire passer notre message: l'enseignant doit

vis-à-vis de l'apprentissage de ses élèves et de ce qui se passe dans sa salle de classe. Une méthode indique une direction à suivre, le matériel élaboré constitue une aide pour suivre cette direction. Mais ni la méthode, ni le matériel ne doivent nous empêcher de réfléchir sur le pourquoi et le comment de notre démarche avec les élèves de notre classe à nous. sub(3) La réussite dans notre tâche d'enseignant ne peut pas dépendre de la qualité ni d'un certain matériel ni d'une certaine méthode propagée par un tel ou un tel. Ce serait trop facile! sub(4)
Une réflexion sur notre travail d'enseignant, sur notre approche pédagogique ne se fait pas en solitaire, bien que des moments de retraite (se retirer) pour mieux dresser en silence un bilan puissent être très profitables et même indispensables; cette réflexion se fait de façon beaucoup plus efficace dans
Un échange horizontal tout d'abord, avec nos partenaires scolaires directs, les enfants et leurs parents. N'oublions pas que nos efforts seront bien plus pénibles et souvent vains s'ils ne sont pas compris par ces partenaires et si ceux-ci ne leur portent pas une certaine considération.
Réciproquement, notre compréhension et notre considération pour leurs points de vue me semblent d'une nécessité évidente.
Il y a un autre échange horizontal, entre enseignants, qui souvent sont confrontés à des problèmes identiques ou analogues. Cet échange d'expériences, d'idées, de réussites et d'échecs permettra certainement à l'un ou l'autre d'y puiser pour réfléchir et discuter sur le vécu professionnel de chacun, pour "essayer" également ceci ou cela parce que "ça marche" si bien chez le ou la collègue.
Cet échange pourtant s'estompera très vite et aboutira à brève échéance dans des répétitions et des banalités s'il n'est pas animé et guidé par un autre échange, vertical celui-là, un échange avec le monde de la théorie et de la recherche par le biais de la lecture, par la participation à une formation continue et par la collaboration active et engagée dans des projets de recherche.
N'en est-il pas de même chez nos élèves? Le travail en groupe favorisant l'activité, l'autonomie et la responsabilité des enfants est un travail où tout un chacun peut profiter des connaissances et des compétences des copains ou copines pour parfaire les siennes. Il est bien fructueux mais il finira par tourner dans le vide si le groupe ne cherche pas à profiter de ce que lui est offert par son entourage plus riche encore de savoir et d'expériences. Le contexte scolaire dans lequel évolue le groupe comprend des ressources personnelles (dont une est l'enseignant) et matérielles (les livres et autres médias par exemple) qui lui permettent de progresser dans son apprentissage. Et encore, nous ne parlons que du contexte scolaire au sens très restreint du mot.

Ces échanges, entre enseignants comme entre élèves, ne s'effectueront que si les participants sont prêts à s'ouvrir l'un à l'autre. Et cette ouverture ne pourra se réaliser que C'est une des conclusions essentielles que j'ai tiré de ma collaboration au projet DECOLAP.

Un climat de confiance pourtant ne se crée pas tout seul, il ne se crée pas non plus par décision commune du groupe ou par décret, il se crée encore moins grâce à des artifices matériels ou organisationnels: il ne suffit pas de placer des canapés ou des matelas dans la salle de classe pour que les enfants se mettent à lire des livres ou à discuter de ce qui leur tient à coeur.
Je comprends très bien qu'il est souvent difficile pour nous, enseignants, formateurs aussi, qui sommes considérés (ou qui peut-être nous considérons nous-mêmes) comme des bases de connaissances et des autorités de référence, de nous avouer à nous et aux autres notre insécurité et nos insuffisances. Et pourtant c'est là une première condition à remplir pour faire naître ce climat de confiance et entamer un échange honnête et profitable.
L'honnêteté dans les échanges permettra aux différents participants de se situer mutuellement et de poser les bases pour une discussion et un travail où l'on sait d'où on part et où on veut aller. On pourra ainsi avancer chacun dans sa zone proximale de développement et s'engager à fond dans cette direction. C'est peut-être la voie à suivre.

sub(1)Le contexte socioculturel et technologique dans lequel nous exerçons notre fonction nous oblige à nous adapter à son changement permanent et combien rapide.

Sub(2) Nos programmes et nos manuels, sont-ils capables de respecter le rythme de cette évolution? En tout cas, d'après mes expériences, ils pourront tout au plus suivre (= venir après), si les responsables sont prêts à prendre en considération cette évolution.

Sub(3);J'ai parfaitement conscience que cette constatation met en question non seulement l'élaboration de matériel didactique mais également la formation des enseignants telles qu'elles se pratiquent actuellement chez nous.

Sub(4) On ne pourra pas non plus affirmer que, tourner le dos à une certaine méthode ou forme de travail soit le gage d'un enseignement de qualité. Notre réussite ne fonde-t-elle pas plutôt sur nos facultés d'évaluation et d'analyse de la réussite ou de l'échec de nos élèves, nos facultés de communication aussi, avec nos élèves, leurs parents ...

Fernand Tremuth
fernand.tremuth@ci.educ.lu
Instituteur

Coordinateur Decoprim

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