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Au début ...


   
Au début, je m'attachais aux livres pour l'histoire qu'ils racontent, pour l'enchaînement des événements. Au lycée et plus encore quand j'étais devenue adulte, la lecture pour moi consistait aussi dans une activité de langage: lire pour la langue, les mots, le style et la poésie.

Dès l'entrée à l'école primaire, c'était une de mes occupations préférées. J'étais étonnée, enchantée. Des sentiments, des émotions, des idées, des questions urgentes se reflétaient dans les livres, les textes que je lisais. C'est par la lecture que j'ai reçu des réponses, que j'ai compris une part de moi.

  Je crois que pour l'enfant - ayant des questions plein la tête
- la lecture lui fait résoudre des problèmes dont les adultes ne mesurent pas toujours la gravité. En outre, le fait et l'acte de fouiller dans les livres, les contes, les images, l'aide à bâtir sa propre vision d'un monde assez nouveau. L'enfant commence à comprendre, il n'est plus perturbé, angoissé, il reprend confiance et peut à chaque instant se rassurer par la nouvelle lecture ou la relecture d'une histoire, par le concret d'images familières.
Les 2es années d'études primaires de Belair et de Walferdange eurent l'idée d'organiser une "journée de lecture", journée associée à d'autres ateliers (ordinateurs, exposition de textes d'élèves, échange de livres, ...) afin de montrer au public, surtout aux parents d'élèves, mais aussi aux enseignants du bâtiment et à la commune l'importance et la joie que nous, les deux institutrices (et leurs élèves), accordons à la lecture et à l'écriture, à leur apprentissage et leur perfectionnement.

Au-delà du fait d'ouvrir les portes et de rendre public, nous pensions donner une motivation supplémentaire aux enfants pour les pousser à la lecture. En effet, le contexte affectif semblait stimuler aussi bien les enfants que leurs parents.

Le sentiment et la perspective de savoir les parents venir en tant qu'auditeurs signifiait tout pour l'enfant. Cela augmentait la motivation et l'engagement.

Tous les matins, en entrant dans ma salle de classe, les enfants s'étaient déjà installés, à deux, tout seul, à plusieurs dans un coin, par terre, sur leur chaise, pour entamer la lecture. La différence entre une telle sorte de lecture et des lectures de textes dirigés ou plus scolaires réside peut-être dans le fait que les enfants voyaient un vrai but devant eux, le considéraient comme une situation moins stressante et dirigée, moins contraignante.

Nous, les deux institutrices, espérions attirer les parents qui hésitaient à se présenter ou qui ne venaient pas du tout (sentiment d'infériorité, d'insécurité). Nous pensions aussi que cette manifestation nous aiderait à initier une sorte de projet de lecture entre parents et enseignants afin de mieux pouvoir développer et améliorer les compétences littéraires des enfants.

En même temps, lors de la phase de préparation en vue de cette journée, nous organisions beaucoup de rencontres de parents pendant lesquelles on se concertait sur le r"le que joue ou peut jouer la lecture à la maison et à l'école. J'expliquais mon point de vue, comment je voyais le r"le de la lecture dans le milieu scolaire. On commençait à échanger nos opinions.

En ce qui concerne les parents, les constatations suivantes ont été faites:

la lecture
 est très importante,
 est une évasion, découverte d'autres lieux, diverses coutumes, cultures, mondes et religions,
 signifie plaisir, bonheur,
 aide à grandir, à rêver, à réfléchir,
 donne une bonne culture générale,
 fournit des informations,
 est un moyen de communication entre les parents et leur enfant,
 est éducation;
  mais aussi:
la lecture est la meilleure méthode pour
 apprendre une langue,
 développer l'intelligence et la fantaisie de l'enfant,
 apprendre à tirer des conclusions,
 comprendre la portée des mots,
 enrichir son vocabulaire.
 

A ma grande surprise, les parents voient bien ou ressentent plut"t que la lecture est aussi bien décodage, apprentissage d'un langage et d'une langue qu'évasion, apport d'informations, regard sur d'autres cultures, d'autres moeurs. Elle est aussi acte social: on est ensemble, on échange des idées, cela entraîne des discussions.

Par ailleurs, des 20 enfants de ma classe, il y en a 2 à qui les parents (la mère) lisent ou racontent des histoires. L'une d'elles ouvre le livre et lit mot par mot à son fils des histoires d'aventures, toutes en allemand, l'autre lit ensemble avec sa fille. Une troisième fille doit lire à sa maman qui, elle, vient de changer son horaire de travail pour être à temps à la maison afin de pouvoir rester ensemble pour lire. (Avouons que cette maman travaille indépendamment et peut s'offrir le luxe de varier son emploi du temps.)

En ce qui concerne le choix des livres, s'il y en a à la maison, je constate que les livres diffèrent nettement de ceux qui se trouvent dans notre bibliothèque de la classe. A mon avis les livres que la plupart des enfants apportent sont dépourvus d'un vrai intérêt dramatique, ils manquent d'une vraie trame, d'une recherche dans les sons, les mots et les rimes. Ils sont achetés le plus souvent dans un supermarché ou dans des kiosques du village.

Lors d'une des rencontres suivantes avec les parents, nous parlions de ce phénomène. Nous constations que la majorité des parents ne connaissent comme lieu d'acquisition de livres que les grandes surfaces, que jamais personne ne leur parlait de différentes catégories de livres, qu'il y a une grande différence de prix entre les livres, qu'il y a des parents qui sont dépourvus de moyens pour acheter des livres, qu'à l'occasion de fêtes des cadeaux autres que des livres sont préférés par les adultes comme par leur enfant.

Un entretien sur la lecture pareil à celui avec les parents a eu lieu dans l'enceinte de la salle de classe.

Pour les enfants, lire signifie entre autres
 qu'on devient "sage", intelligent en grandissant,
 que cela aide à déchiffrer ce qu'on écrit sur ordinateur, ce que l'imprimante rend comme texte (la lecture prépare à l'écriture, relation étroite entre lecture et écriture),
 que cela se produit d'abord dans la tête pour pouvoir être lu par après à voix haute à toute la classe et à l'institutrice (différence entre lecture silencieuse et lecture à voix haute),
 qu'on doit apprendre à lire (l'enfant reconnaît qu'il y a un effort à faire pour être capable de lire),
 qu'on apprend à parler la langue allemande (par la lecture, on apprend à parler "mieux" une langue),
 qu'on doit associer un certain nombre de lettres pour pouvoir lire (décodage),
 que c'est comme jouer avec le 'Lego'; on enchaîne les lettres comme si on mettait des pièces de 'Lego' ensemble.

  Plusieurs d'entre eux réclament que "j'aime beaucoup de livres, mais je ne peux point en acheter" et une des raisons est que "nous devons construire une maison". A l'avenir, il faut prévoir des ateliers, des échanges parents-enseignant pour
 présenter une grande variété de livres qui valent la peine d'être lus par tous,
 échanger des livres à intervalles réguliers,
 voir comment lire à son enfant, montrer des exemples, organiser des séances de lecture (l'enseignant lit à un ou plusieurs enfants, les parents essaient à leur tour), en discuter, échanger les expériences faites à la maison,
 visiter des bibliothèques, la bibliothèque municipale,
 voir ensemble o- sont les bonnes librairies.  

Jeanne Nour El Din - Letsch
jeanne.letsch@ci.educ.lu
Institutrice à Walferdange

Deuxième année d'études

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