Avec ses mots, Wygotski souligne limportance de la collaboration des enfants au sein dun groupe. Lenfant placé devant un problème, mathématique par exemple, aura des difficultés à le résoudre tout seul. En travaillant ensemble avec un ou plusieurs condisciples, il met à lépreuve ses hypothèses, ses concepts. Les adultes en font de mźme sils se retrouvent devant un problème quils ne savent pas résoudre. Le facteur social, ici la coopération, est le moteur de développement du processus mental de lenfant. En coopérant et en profitant du dialogue, établissant de nouvelles hypothèses et concepts, lenfant arrivera plus tard à résoudre le problème par lui-mźme. Il y a apprentissage! |
Notre but était dès lors de mettre en pratique ce travail en groupe fructueux. Le centre dintérźt était de voir comment les enfants allaient sorganiser pour aider leurs camarades. Les problèmes auxquels les enfants allaient źtre confrontés seraient bien de nature mathématique, mais contrairement à une approche qui pose le langage mathématique (parce quil se fonde sur des abstractions de la réalité) comme étant universel et neutre, nous pensons que les concepts mathématiques sont souvent déjà présents chez lenfant et quils sarticulent sous différentes formes dans le langage courant maîtrisé par les élèves.
Nous sommes donc davis quun enseignement mathématique devrait permettre aux enfants de travailler sur leurs concepts et de négocier des significations pour aboutir à une compréhension dun problème posé dans un langage dit scientifique.
Nicht also: die Muttersprache als ein zu Ersetzendes, oder gar Auszumerzendes ansehen, sondern als ganz Auszuschöpfendes und doch Bleibendes, neben und unter der Fachsprache. Die Muttersprache ist die Sprache des Verstehens, die Fachsprache besiegelt das Ergebnis in einem letzten Arbeitsgang. 3 |
Ceci pose naturellement aussi le problème des enfants étrangers, et en particulier de ceux qui ont de sérieuses difficultés en langue allemande. Il nest pas rare de voir des enfants très intelligents échouer parce quils narrivent pas à comprendre lénoncé dun problème du fait quil est posé en allemand (ou en luxembourgeois). Dautre part nous pensons quun enseignement des mathématiques, qui est fondé sur la coopération et linteraction entre élèves, nest non seulement une opportunité pour négocier différentes vues dun problème mathématique mais tout autant une situation dapprentissage langagier pour tous les enfants et en particulier pour les enfants immigrés.
Nous avons, dans une première phase, confronté les enfants à un problème, quil fallait résoudre en groupes.
| Dans ma classe de 1ère année détudes, jai confronté les élèves à des marelles (voir annexes 1 et 2). Ceci sest fait le 9 novembre 1996, date à laquelle les enfants sont seulement sensés manipuler des nombres entre 1 et 5. Ici se pose donc le mźme problème que pour lapprentissage dune langue orale et écrite. Là aussi on sest mis en tźte que lenfant ne connaît que les lettres et les mots allemands ou français quon lui a appris à lécole! |
Or pour résoudre le problème (La Grande Marelle), Nathalie, Max et Ben discutaient entre eux:
Max: Zweeanzwanzeg!? Nathalie:: Eng Eent an eng Aacht! Ben: Déi doten? Max:: Déi do vläit!? Ben, Max, Nathalie: Jo! Ben:: Déi zwou hei! Max, maach déi Zwee an Zwee! Max:: Waart! Ben:: Zwee an Zwee! Max, maach Zwee an Zwee heihinner. Max écrit dix-huit! Nee, Max! O nee, Max, dat hues de nėt gutt gemeet! Max:: Dach! A nee! A, dach déi passt! Elo as et um Nathalie. Maach hei eng Zwee an eng Zwee, hee! Nee, besser gesot eng Eent an Zwee! Nathalie: Nee, ech maachen hésite Max:: Jo, sträich déi duerch! Ben: An dann méchst de eng Zwee an eng Zwee dohinner! Max: Nee, eng Eent an eng Zwee, soss kréien mer dEent an eng Zwee nėt méi dohin! Nathalie: Hei? |
Nathalie écrit douze.
Max: Jo!
Déi Zweeanzwanzeg kréie mer nach ėmmer hei!
Max montre sur des cases plus haut.
Le 12 novembre, je faisais lexpérience des calculs du type
__+ 6 = 12.
Je prenais une boîte, oł je mettais des couleurs (ou des pions magnétiques ou
).
Puis jajoutais p.ex. 6! Un élève comptait le nombre total. Maintenant je voulais
savoir combien de couleurs il y avait au début. Ici une première difficulté était de
traduire la situation dans le langage mathématique. Voici maintenant comment Jessica, Sam
et Kevin sy prenaient pour résoudre
__+ 4 = 11.
| Jessica à Kevin: Do
muss mer ist gleich
an sin der elef an der Kėscht elo musse mer der elef kréien mat véier! Sam: Véier! Jessica: An wéivill brauche mer der nach, dass et elef gėt!? Kevin compte sur les doigts: Eent, zwee, dräi, véier, fėnnef, sechs! Sam: Gėt véier plus si eent, zwee, dräi, véier ! Jessica: An dann musse mer der nach ! Sam et Jessica comptent tous les deux sur leurs doigts: fėnnef, sechs, siwen, aacht, ning, zing, elef! Sam: Da kommen der nach ! Waart! Elo waart! Hei du häls der am Kapp, wéivill der dobäi kommen Elo véier. Dann kėnnt fėnnef, sechs, siwen, aacht, ning, zing, Jessica: Zing! Sam: Elef! Sam: Wéivill komme der schon méi dobäi? Jessica Ech weess et nėt! Sam: Ech hat der dach gesot, dass du solls et am Kapp halen, also Sam sadresse à Jessica: Du verhäls der, dass keng véier do dran kommen, ok? Do kėnnt nach eent Ech brauch dech! Jessica: Elef! Jessica: Du verhäls der am Kapp, dass keng véier drakėnnt. Kevin + Jessica: Jo! Sam compte les doigts à voix basse: Eent, zwee, dräi, à voix haute: véier, Kevin et Jessica commencent à compter en silence Sam: fėnnef, sechs, siwen, aacht, ning, zing, elef! Wéivill kommen der dobäi? Jessica écrit sept. |
Si on considère les résultats des enfants dans les travaux cités auparavant, on pourrait se demander pourquoi ils ont réussi à résoudre des problèmes aussi difficiles quand il leur était permis de travailler en groupe.
Analysons dans ce sens le travail des enfants. Revenons au dialogue autour de La Grande Marelle!
Mźme si les enfants parlent de deux et deux au lieu de vingt-deux ils ont déjà une bonne notion de la valeur numéraire. Ils savent que le deux et deux est plus grand que le un et huit ou le un et deux. En outre dès que le problème actuel est résolu, Max utilise la dénomination habituelle vingt-deux:
Max: Jo! Déi Zweeanzwanzeg kréie mer nach ėmmer hei!
Dans ma classe de quatrième année détudes, jai confronté mes enfants à un problème intitulé Der Frosch. Voici un extrait dune discussion entre César, Dany, Martine et moi-mźme:
| Instituteur: Wéivill mol muss de Fräsch sprangen, bis en erėm op der éischter Rous sėtzt? Dany: 8 mol. Instituteur: Wou as en also no 8 Spréng? César, Dany, Martine: Op der 1! Instituteur: A no 16 Spréng? César, Dany Martine: Op der 1! Instituteur: A no 24 Spréng? César, Dany, Martine: Op der 1! Instituteur: Jo, wat heescht dat da lo? César Mol 1! Martine:: Ah, mir mussen diwidéiert durch 8 maachen! César: Jo! Instituteur: Firwat? Dany: Well dann kėnne mir ėmmer op der éischter (Séirous) do sin! César: Ah, lo hu mer fond! |
Dès le début, tous les groupes sétaient précipités dans une fausse direction en voulant diviser le nombre de sauts à effectuer par le nombre de nénuphars. Jai donc dû intervenir dans tous les groupes en invitant les enfants à se concentrer sur le nombre de sauts à exécuter pour revenir au premier nénuphar.
Analysons le processus de réflexion dans le groupe cité ci-dessus.
Avec laide de linstituteur, on sest mis daccord quaprès huit sauts la grenouille se retrouve au point de départ et, de ce fait, quaprès un nombre de sauts égal à un multiple de huit, la grenouille se retrouve sur le nénuphar numéro un. Martine a reconnu quil sagit maintenant deffectuer la division par 8. Dany et César acceptent lidée. Pour voir si Dany et César ont vraiment identifié le problème, linstituteur demande une explication. Cest Dany qui la fournit (en sexprimant dune manière confuse; cest vrai), une explication alors approuvée par César.
Ces exemples nous montrent leffet bénéfique du travail en groupe. En coopérant avec les autres membres du groupe les enfants prennent conscience du problème et par conséquent contrôlent la situation posée par le problème. La prise de contrôle leur permettra dorénavant de manier le concept acquis dune manière autonome. Les enfants profitent de la communication pour résoudre le problème, pour apprendre! Mźme confrontés tout seuls à un tel problème, ils auront maintenant une stratégie, un savoir-faire quils ont acquis au sein du groupe.
Dans les deux premiers exemples dexpériences, les enfants manipulent des nombres plus élevés quils ne le devraient, selon le programme ou lopinion générale. Le dépassement du dix dans lexemple __+ 4 = 11 est un calcul auquel les enfants sont généralement confrontés à la fin de la 1ère année détudes.
Or les enfants ne sont pas dupes et il ne faut pas les sous-estimer. Ils ont bien une idée, une hypothèse en tźte sur le monde des nombres. En collaborant avec ses condisciples, un enfant va mettre à lépreuve ses hypothèses.
Dans nos programmes très segmentés, il ny a plus beaucoup de place à en faire autant.
La citation ci-après de deux auteurs suisses illustre très bien le problème sous-jacent de la dissection, segmentation dune matière (p.ex. les mathématiques) en mille petits morceaux digestibles.
überforderung durch Unterschätzung! ( ) Absicht dieser Segmentierung ist es, überforderung zu vermeiden. Das Gegenteil tritt ein: Die kleinen, oft banalen Teilgebiete, die vom Schüler nirgends eingeordnet werden können, häufen sich im Laufe der Jahre zu einem unübersichtlichen Stoffberg an. Das Interesse an Mathematik ist längst erloschen. Die permanent unterschätzten Schüler fühlen sich überfordert. Mathematik erscheint ihnen banal und unverständlich zugleich ( ) 4
Ceci est vrai pour toutes les matières (langues, géographie, etc.). Sans contexte réel toute matière devient embrouillée. Elle est au-dessus des forces des élèves.
Revenons au volet mathématique-langue:
A ce sujet nous voudrions citer Martin Hughes:
"(...)children's difficulties may to alarge extent be caused by
the language with which they must express their abstraction. In
other words, their difficulties may have been in understanding and using the particular
form of language in statements like Two and two makes four. we should
pay much more attention to the language of mathematics - even that we should consider
mathematics as a language in itself. 5
( ) it is often very useful to think about childrens mathematical understanding in terms of their ability - or inability - to carry out particular translations. 6
I have referred to this as the formal code of arithmetic, and indeed I often find it useful to think of mathematics as like a secret code, known only to those initiated into it ( ) One essential feature is that it is context-free ( ) It also rests heavily on written symbolism (2 +2 = 4 ). Both the written and the context-free nature of the formal code cause considerable difficulties for young children ( ) In order to solve practical mathematical problems, we need to be capable not only of operating within the formal code, but also of making fluent translations between formal and concrete representations of the same problem. 7
Lidée de Martin Hughes est que la difficulté pour les enfants en mathématiques nest pas de comprendre la situation concrète, mais la traduction de la situation en langage mathématique. Les enfants éprouvent des difficultés à traduire la situation concrète dans le symbolisme mathématique, qui répétons-le, est arbitraire.
Jessica à Kevin: Do muss mer ist gleich an sin der elef an der Kėscht elo musse mer der elef kréie mat véier!
Kevin narrive apparemment pas à noter le calcul de façon traditionnelle. Jessica veut laider, mais ne se sent pas à laise elle non plus. Pourtant, ils réussiront ensemble à faire la traduction. Sam, lui, débarrassé de ses problèmes formels, se concentre sur la résolution du problème. Il imagine une stratégie pour trouver la solution.
Dann kommen der nach !! Waart! Elo waart! Hei du häls der am Kapp, wéivill der bäikommen Du verhäls der am Kapp, dass keng 4 drakėnnt.
Ce sont linteraction et le dialogue qui les poussent plus loin dans leurs réflexions. Le travail en groupe leur a permis de réussir.
Les conclusions à tirer de ces exemples de travail denfants, seront de nouveau très bien illustrées par des citations de Martin Hughes:
( ) when children first encounter written arithmetic in school, it serves no obvious purpose. 8
Il faut donc replacer les mathématiques dans des situations concrètes, leur donner un sens. Ainsi les enfants sont amenés à traduire du concret au formel et inversement du formel au concret
Vygotskys idea that scientific and mathematical thinking should be regarded as tools, and his emphasis that writing should be meaningful for children, that an intrinsic need should be aroused in them, an that writing should be incorporated into a task that is necessary and relevant for life. (Vygotsky,1978)
Competence in formal logic would then be seen as characterised not only by correct manipulation of formal symbols, but also by fluent translation between formal thinking and concrete examples. 9
En outre, chaque enseignant devrait respecter les différentes stratégies quappliquent les élèves pour résoudre des problèmes. Il serait facile de mettre les différentes stratégies au centre dune discussion! Laquelle est la plus facile? Laquelle est la plus rapide? Souvent pour les enfants la stratégie la plus rapide ne concorde pas avec la plus facile! Ils aiment bien choisir la méthode qui leur convient personnellement! La question nest donc plus de savoir quelle est la stratégie correcte, parce que préconisée par le programme, le livre! Il y a plusieurs stratégies correctes! Les adultes font également à leur tźte en résolvant un problème, pourquoi pas les enfants? De toute façon, dans 99% des cas la solution traditionnelle du livre est soudain si attrayante pour les élèves et si facile, parce quils voient un sens à ladopter et parce quils ont appris à connaître son avantage. Et, grande différence, leur stratégie était prise au sérieux en mźme temps que leur personnalité. Les élèves comprennent lutilité dun tel symbolisme et voient bien que lhumanité a essayé de trouver par le détour dautres stratégies (comme le font les enfants, si on leur laisse le temps) les solutions les plus faciles (souvent celles du programme).
Les mathématiques, un système de symboles, un langage, qui changeaient et qui changeront à travers lhistoire!
1: Vygotsky L.D. : 1986, Denken und Sprechen, Frankfurt am Main: Fischer, S.240
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