DECOPRIM 1

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Dialogues d'enfants
lors de la production de dessins



Je suis institutrice préscolaire à l'école du Brill à Esch-sur-Alzette. Je donne des cours de langue luxembourgeoise. J'accueille certains groupes d'enfants dans ma salle ou bien je travaille avec eux dans leur classe à la demande des institutrices.
Aujourd'hui, en pénétrant dans ma "Sproochstiffchen", David:, Dylan, Adela et Célia m'ont spontanément demandé la permission de se servir de nos crayons feutres. Ne voulant point freiner leur élan ni briser leur motivation, j'ai saisi l'occasion pour organiser un travail langagier autour des dessins produits: je leur propose donc de dialoguer avec eux et entre eux en même temps qu'ils dessinent.Ayant pris l'habitude de mettre en marche notre magnétophone dès qu'une conversation s'avère intéressante, j'ai pu réaliser l'enregistrement transcrit ci-après.

David:: Joffer, däerfe mer molen haut? Ech molen gäer eng Wollek!
Adela: Ech och maachen Wollek!
Joffer: Célia, wat mools du dann haut?
Célia: . ne répond pas, mais elle vient de dessiner une maison.
David:: E a tua casa? il lui demande en portugais s'il s'agit de sa maison.
Célia: Nao!
David:: traduit en luxembourgeois: Hien huet gesot, neen! et explique:  Ech kennen
den Célia. Ech hun hatt scho matgehuel bei säin Haus mat méng Mama a méng Papp!
Joffer: Kenns du dann dem Célia séng Adress?
David:: En Adress, wat as dat?
Puisque personne ne le sait, la maîtresse le lui explique.
Adela: An elo huel ech déi blo . et voilà . da gring!
David:: Awer déi gro as futti!
Joffer: Wéisou?
David: Well huet scho vill gemoolt! Déi rosa geet och nët.
Adela: An déi giel geet och nët! Elle reprend la couleur grise.
Joffer: demande à Dylan: Weess du hiren Numm op Portugisesch?
Dylan: Cincento! gris
David: Ah, jo!
Adela: Déi Faarf geet goen?

La maîtresse essaie les feutres gris et noir sur un morceau de papier. Les enfants comparent la couleur noire et la couleur grise sur le papier. Ils remarquent que le gris se voit moins bien puisqu'à côté du noir, il s'agit d'une couleur plutôt claire.
Le problème est résolu bien que les feutres jaune et rose soient effectivement asséchés.
David: confirme: A elo déi moolt gutt. A dach, déi och!
Joffer: Dylan, wat hues du gemoolt?
Adela:: Joffer, Dylan as gemoolt Prison!
Elle montre du doigt la porte du garage qui, pour elle, ressemble aux barres d'une
cellule de prison.
David: Esta uma prisao? Il explique à tout le monde: As e vun den Auto goen!
Dylan confirme en hochant la tête.
Les enfants crient:  Garage! Garage!
Adela: Joffer, weess du, wéi dat heescht op Jugoslawesch, . as Garage!
David: explique son dessin: Haus . ech . mäin Schwester . Vanessa!
Adela: Joffer, kuck, ganz grouss Hoeren, ganz grouss Hoeren! Dat as de Mama!
David: As eng Hex!
Joffer: Huet déng Mama esou héich Hoer?
Les enfants rigolent et Adela essaie de montrer par des gestes la longueur réelle des 
cheveux de sa mère.
David: Joffer, elo ech sin fäerdeg mat molen.
Il a dessiné une maison, un nuage, de la pluie. Il s'est représenté lui-même en dessous du nuage.
En montrant le chemin qui mène à sa maison, il fournit l'explication suivante: 
Dat ech man, well ech wëll an den Haus goen, an elo ech hun nët eran gemeet.
Joffer: Gëss du elo naass?
David: Jo, ech sin nët eran! Do war den Auto, de Garage.
Joffer: Wiem säin Auto as dat? Kennst du d'Marque vum Auto?
David: As en Toyota Corolla, e rouden!
Joffer: Kenns du schon d'Nummereschëld vun déngem Auto?
David: réfléchit .
Adela: vient à sa rescousse: Jo, hannendrun an och virdrun, do an do! 
Mäi Papp huet zwee Autoen, ee rouden an ee schwaarzen!
David: Ah, mäi Papp huet een a Portugal gemeet, mäin Papp! Hien waart esou kleng!

David: continue à expliquer son dessin:  Ech hun do eng Spillplaz an däerf nët dohi goen,
well et reent! . an huet e Sëtz, an dann geet et, . an op Portugisesch
as et o balanção!
Joffer: E Sëtz, dee geet, dat as eng Schaukel.
David:: An dann et dréint, an dann et geet.
Je demande à David: de lui dessiner la balançoire. Il accepte mais prend une nouvelle feuille pour avoir plus de place.

Adela: demande à Célia:  Hues du e Brudder een?   Ech hun keen grousser!
David: Ech sin (=hun) eng Schwëster!
Adela: Célia, du hues nëmmen e grousser an zwee klengen Schwëster!
David: explique:  De Mama vun hatt, hatt schaffen! Dann de Mama vun hatt, hatt muss huelen!
La maman de Célia travaille, ainsi la mère d'Adela doit garder Célia pendant la journée.
David: Ech hun doheem a mäin Haus en Video, as nëmmen een a méng Schwester dierf och kucken.

Joffer: Kanns du och schon däin Numm schreiwen?
David: Ah jo, nach den Numm schreiwen! . maachen ech do!
Il montre du doigt la place où il veut mettre son nom.
David: Dylan, weess (=kanns) du et schon?
Dylan prétend que oui.
David: soudainement:  Soll ech Nummere maachen? Il écrit 1-2-3-4-5-6.
Célia: Du schreiwen?
David: Neen!
Célia insiste:  Jo, kuck! Elle veut souligner que David: écrit bien des chiffres.
Adela: est d'accord et lit ce que David: vient d'écrire:   Een - zween - dr„i!!!
David:: Mäin Brudder huet och dat gemeet, eng Maschin (=calculatrice) huet dat
gemeet, an dann . ech kann nämmen bis do man (=jusqu'à six) et il lit:  Een, zwee,
dräi, véier, fënnef an déi weess ech nët! (=il montre le six) Adela: An do as nët esou!
Elle montre le quatre. As d'selwecht ewéi zwee! As esou an esou an esou, da geet
esou!
En essayant d'écrire des nombres à son tour, Adela corrige le quatre de David: (qui pourtant était correct) et lui montre comment il devrait l'écrire (elle l'a écrit en miroir).
David: Du hues eppes falsch gemeet! Dat, dat do däerf nët d'selwecht sin!
Déi véier as déi aner Säit!

La maî;tresse propose de montrer à Adela comment on écrit un quatre. David: la corrige 
et Adela l'approuve.

L'activité n'est pas segmentée en phases de production et de présentation. Elle forme 
un ensemble dans lequel dessiner, dialoguer, présenter, commenter etc. s'enchaînent 
de façon non linéaire. La diversité des centres d'intérêts (couleurs, histoire, support, 
technique, ...) a favorisé et influencé les produits langagiers (informations, 
explications, discussions, structures narratives, ...) et vice versa.
Une dynamique spontanée est née au milieu du petit groupe: La discussion du contenu du dessin de Dylan (garage ou prison?) a incité David: à dessiner lui aussi un garage. Adela, elle, a repris l'idée de David: de produire des chiffres. "Les cheveux de maman" et "le garage de Dylan" ont suscité différentes explications et interprétations. Le dessin de David: engendre toute une structure narrative (storying) de sa part.
L'intérêt langagier pour l'enfant consiste à expliquer son dessin par l'expression orale librement consentie. Il essaie d'exprimer et de défendre sa propre conception par des mots et des phrases simples en y insérant des mots en langue maternelle.
Une fois les dessins terminés, le processus langagier fut clos. L'essentiel a été exprimé lors du travail. Je suis consciente que la transcription ci-dessus ne réflète nullement l'image qu'on se fait d'un cours d'appui classique: J'ai compris à travers les enfants, c.-à-d. en prenant le temps de les écouter et en analysant leurs produits langagiers, que je pourrais faire mieux.
Les expériences et les échanges réalisés au sein des groupes DECOLAP/DECOPRIM m'ont encouragée à continuer dans cette direction. Au lieu de suivre à la lettre un chemin préétabli et de chercher à atteindre coûte que coûte un objectif prédéfini, j'essaie de prendre en considération les impulsions qui émanent des enfants en rapport avec leur vécu récent et d'y adapter mon procédé méthodique et mon approche didactique.
Je cherche &garve; faire évoluer les compétences langagières des enfants étrangers et de les mettre en confiance en les incitant à s'investir dans des activités significatives et des échanges authentiques. J'essaie de rassurer les élèves au sujet de leurs compétences acquises sachant combien peut détruire l'expérience d'un échec. Je m'efforce de multiplier au maximum les moments de renforcement positif et les constats de réussite. J'espère non seulement motiver les petits des classes préscolaires mais aussi inciter mes collègues à une collaboration encore plus fructueuse.

Marie-Paul Origer-Eresch
marie-paule.eresch@ci.educ.lu
Institutrice au préscolaire à Esch/Brill
Chargée de cours de langue luxembourgeoise


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