| Production et évaluation des travaux |
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du travail collectif au travail autonome |
Dès le début du mois de février, Catherine essayait de lire
et d'écrire des histoires. Elle recherchait des mots inconnus dans le dictionnaire,
mais n'arrivait pas encore toute seule à comprendre un texte. Un des premiers textes
fut créé lors de la Journée Française avec l'aide des copines et
d'une mère.
Le poisson coloré (travail collectif)
La présence d'un poisson multicolore s'explique probablement par le fait qu'on
avait lu ensemble auelques jours auparavant un livre présentant un poisson.
Les trois filles voulaient d'abord que les poissons jouent à la poursuite, un jeu
qu'elles aiment bien. Ensuite seulement, elles changeaient le jeu - depuis cet instant le
nom cache-cache revenait dans la plupart des histoires.
L'histoire plaisait également à Catherine qui décidait d'écrire
chez elle un autre texte, ensemble avec sa mère.
Le hamster (travail collectif)
Le hamster s'appelle Susi.
Susi a un ami. L'ami s'appelle Tom.
Ils jouent à cache-cache. Tom compte jusqu'à vingt.
Tom cherche Susi derrière la maison. Il trouve Susi derrière la maison.
Ils vont dans la cuisine manger des pommes et boire du choky.
Ils vont au lit.
Dans le présent texte, on retrouve le jeu du cache-cache, légèrement
développé, car Catherine nous indique le personnage qui compte et la cachette.
Elle emploie des mots nouveaux: chercher et trouver. Elle connaissait
déjà les énoncés: s'appelle, a un ami, manger, boire,
puisqu'ils étaient souvent employés en classe. Sa mère l'aidait
à les mettre dans un contexte.
Le cheminement de son texte est pour ainsi dire typique: jouer, manger, boire et
dormir, ces activités sont bien connues de tous les enfants. Beaucoup de textes
français présentent cette structure, c'est en fait la même que celle
utilisée pour les textes allemands au début de la première
année d' études. Il s' agit de nouveau du début d'un apprentissage,
c'est pourquoi les textes sont comparables du point de vue simplicité.
Catherine présentait le texte le lendemain en classe et le lisait ensemble avec ses
copines. Les autres élèves lui demandaient de traduire quelques mots et
relisaient l'histoire maintes fois. Plusieurs enfants commençaient à
écrire en classe des histoires où différents animaux se présentent,
se rencontrent, jouent ensemble. (Quelques-uns jouent à cache-cache!)
Le 4 mars, après avoir regardé un album au sujet d'une coccinelle, Catherine
commençait à écrire une histoire. C'était la première
fois qu'elle arrivait à écrire quelques phrases toute seule. Elle notait les
trois premières phrases en classe, mais terminait chez elle.
En comparant les débuts des trois histoires, on se rend compte que Catherine a
déjà appris et mémorisé un grand nombre de mots. Elle les
reprend dans son nouveau texte quitte à changer les animaux. La structure des phrases
reste identique.
La fin de son histoire est plus compliquée, Catherine ne pouvait pas encore y arriver
toute seule. En effet, il y a plusieurs verbes différents et des mots associés
comme morceau de gâteau pour n'indiquer qu'un exemple. Elle choisissait un
déroulement bien connu (manger, boire, dormir), mais ne pouvait probablement pas
encore formuler de phrases. Elle cherchait d' autres aliments. Les deux dernières
phrases de son texte sont légèrement plus difficiles que celles de l'histoire
précédente.
Catherine terminait l'histoire ensemble avec sa mère, elle demandait des traductions,
notait les mots, lisait le tout et répétait finalement le texte chez elle.
Son texte n'était pas trop compliqué, il était adapté à
ses connaissances. Elle en profitait pour apprendre quelques énoncés
supplémentaires. Vu qu'elle avait écrit l'histoire elle-même, le texte lui
tenait à coeur. Elle comprenait tout et était fière de présenter
son chef-d'oeuvre en classe. Il était applaudi et analysé, comme tous les
textes. Après avoir écouté, les camarades posaient des questions ou
demandaient des traductions. Catherine expliquait ou demandait à son tour lorsqu'elle
avait oublié une prononciation ou signification.
Il arrive souvent que les copains proposent encore des changements. L' auteur du texte est
libre soit de les considérer en changeant son texte soit de les ignorer.
Plus l'apprentissage progressait, plus Catherine se sentait sûre. EIle avait de moins
en moins besoin d'aide. Bientôt elle arrivait à écrire toute seule,
quitte à venir demander l'orthographe des mots. A la mi-mars, les enfants racontaient
une histoire ensemble avec un élève de la quatrième année scolaire.
Catherine avait un partenaire, mais ne le sollicitait que rarement. Ensuite elle se faisait
corriger son texte qu'elle arrivait déjà à lire sans problèmes.
Catherine était lancée dans les rédactions, chaque jour, elle nous
présentait une autre histoire. Elle écrivait le texte suivant en dix minutes,
sans l'aide ni d'un dictionnaire ni des copains.
Le texte n'est pas corrigé, on remarque que la fille arrive désormais
à écrire de façon correcte (sauf à)! Grâce à
la lecture et aux nombreuses corrections effectuées dans ses textes, elle a pu
mémoriser beaucoup de mots.
le lapin
(travail autonome)
Le lapin s'appelle Loulou.
Loulou va se promener.
Loulou va à la maison.
Il regarde la félé. Il va au lit
Voici encore le texte (non corrigé) d'un autre enfant luxembourgeois,
écrit à la même date et sous les mêmes conditions que celui de
Catherine. Il montre l'influence des autres textes puisqu'il reprend des idées
travaillées maintes fois. Laura
7 a parcouru un chemin
d'apprentissage semblable à celui de Catherine. Elle apprenait le français
à une vitesse incroyable. Elle ne parle pas français chez elle, mais elle avait
une copine française au préscolaire qu'elle fréquentait pendant un an.
Le chien (travail autonome)
Le chien s'appelle Moumou. Moumou a un ami. L'ami s'appelle Loullou.
Moumou et Loullou joue a cache-cache.
Moumou doi compter. Il compte jusqà dix.
Loullou se cache dans la maison.
Moumou a trouver Loullou.
Maintenant, ils vont au lit.
Les idées reprises dans les textes étaient discutées en classe. Ainsi on
comprend maintenant le contenu et le choix du vocabulaire dans la transcription de l'histoire
l'hippopotame.
A la fin du mois de mars, on commençait à jouer les histoires – ce qui
influençait de nouveau la aualité et la quantité des textes. Quelques
élèves mettaient des dialogues, d'autres reprenaient des
énoncés et tournures comme: on va, on mange etc. Les sujets
préférés étaient toujours les animaux: certains continuaient
à jouer à cache-cache, d'autres allaient au zoo, mangeaient, buvaient et
allaient au lit.
Le texte suivant provient de nouveau de Catherine. Elle l'écrivait toute seule chez
sa grand-mère quitte à demander ou rechercher des mots comme ferme, foin,
autre cheval, du lait, du gâteau. Dans son texte, elle mettait vraiment tout ce
qu'elle savait à cette époque.
On retrouve le cache-cache avec le compter jusqu'à dix, trouver et
chercher et les activités comme manger, boire et aller au lit. Le
vocabulaire est connu et appliqué dans des situations nouvelles resp. avec de
nouveaux mots de toute la liste des animaux. Catherine les répétait,
s'entraînait pour ouvoir les maîtriser un jour On remarque donc qu'elle est
désormais capable d'écrire seule un texte et de réussir toute seule
là où auparavant elle sollicitait encore de l'aide.
Après les vacances de Pâques, une fille nous amenait une histoire qui se
déroulait dans un magasin de jouets. Cela nous menait à parler des jouets,
les enfants se lançaient automatiquement dans ce sujet et commençaient
à rechercher les noms des jouets qui les intéressaient. Evidemment le
nouveau sujet était exploité dans les textes. Catherine et Anne
décidaient le 16 avril d'écrire une histoire. Elles voulaient l'écrire
ensemble et reprenaient le texte à plusieurs reprises. Elles travaillaient pendant
trois leçons de français. Constatez le résultat! (Le texte a
été corrigé en classe.)
Les énoncés soulignés étaient inconnus aux filles, elles
les recherchaient dans le dictionnaire ou demandaient une traduction. Les mots en gras
provenaient du travail oral en classe. En effet, on jouait beaucoup au magasin et des termes
comme jouet, magasin, nounours, acheter, beau y étaient utilisés
fréquemment. Dans les petits dialogues, on retrouve surtout l'influence des
scénarios joués en classe. Les autres énoncés et structures ne
posaient plus de problèmes aux enfants. Ils étaient devenus un texte de base,
où on pouvait intégrer les nouvelles connaissances.
Le nounours (travail autonome)
Les énoncés en gras montrent en fait ce que Catherine avait appris durant
les semaines passées. Elle reprenait des tournures qu'elle avait lues dans d'autres
textes ou entendues lors des dialogues faits en groupe ou lors des représentations de
textes. Ce qui me plaisait le plus, c'était la combinaison des mots magasin
et auto pour donner magasin d'autos. Jusqu'à présent, on avait
uniquement parlé de magasins de jouets! Cette nouvelle combinaison montre que
Catherine réfléchit sur les termes à utiliser et cherche à
les employer de différentes manières. Cela lui permet d'approfondir la
compréhension de la langue.
Dans la suite de son texte, Catherine utilise correctement les verbes (sauf
Dany dis), elle l'a appris grâce à la correction de la première
partie de son texte. En plus, elle met la bonne terminaison à magasin de jouets
et elle reprend l'énoncé ça coûte... mille francs.
Son petit dialogue n'apporte en fait rien de nouveau pour la classe: c'est un des '"
dialogues-type" joué en ce moment en classe.
Les agneaux (travail collectif)
L'agneau s'appelle Gnommi. Gnommi est un garçon.
Gnommi a une amie. L'amie s'appelle Christina.
Ils vont au magasin de jouets. Ils achètent un nounours.
Gnommi dit Le nounours est beau.
Ils vont à la maison. Ils regardent la télé.
Christina dit: Je suis fatiguée.
Elle va au lit.
Gnommi fait un puzzle. Il dit: Je suis fatigué.
Il va au lit
Christina et Gnommi se réveillent. Ils mangent du pain et boivent du lait.
Gnommi et Christina se marient. Ils auront des enfants.
Christina a quatre bébés. Les bébés s'appellent Anne,
Catherine, Nathalie et Nadia.
La maman donne du lait aux bébés.
Les agneaux jouent. Ils jouent au chien. Nathalie joue au chien.
Gnommi et Christina disent: Le déieuner est prêt! On mange.
Nathalie mange une banane, Catherine mange un kiwi, Anne mange un gâteau et Nadia
mange une pomme.
Je corrigeais le texte de Catherine et d' Anne ensemble avec quelques enfants. Ils
comparaient alors elle va et elles vont ils jouent et Nathalie
joue (même chose pour les verbes dire et s'appeler), je suis
fatigué et je suis fatiguée. En réfléchissant ensemble
sur les différentes terminaisons, les enfants apprenaient quelques règles de
grammaire.
L'histoire des deux filles fut interprétée à plusieurs reprises.
Les élèves adoraient surtout les moments du mariage (ils y fredonnaient la
mélodie de la marche nuptiale) et de la naissance des brebis. Inutile de préciser
que les enfants discutaient beaucoup sur la naissance, la famille et le mariage.
C'était également la première fois que les enfants choisissaient
leur partenaire avec plus d'attention, cela était surtout vrai pour les rôles
de Gnommi et de Christina.
Je ne vais pas présenter tous les textes de Catherine, mais j'aimerais bien
présenter un dernier que la fille a écrit seule, début mai.
(Il n'est pas corrigé.)
Le nounours s'appelle Dany.
Dany a une amie. L'amie s'appelle Anne.
Anne et une poupée.
Anne et Dany va au magasin d'auto.
Ils achète une grande auto.
Le vendeur dit: Ca coûte deux mille francs.
Voilà messieur, dit Dany
Ils roule a la maison.
Deux jours plus tard, Catherine continuait après avoir corrigé son texte avec
mot.
Dany dis: J'ai soif. Je bois le lait.
Ils roulent au magasin de jouets. Ils achètent un vélo.
Oje, oje, Ca coûte huit mille francs.
Ils vont au lit
Comme je l'ai déjà précisé, chaque enfant écrivait des
histoires, mais la date de la rédaction des premiers textes variait d'un enfant
à l'autre. Les compétences de chaque enfant se développèrent,
ils arrivaient à parler, à lire et à écrire à leur
rythme. Des phases de travail collectif alternent avec des phases de travail autonome.
Au départ, les enfants cherchent souvent un partenaire pour travailler ensemble. Les
textes produits en commun sont plus riches, les énoncés plus recherchés,
les dialogues plus longs, les textes plus développés. Les interactions entre
les enfants deviennent plus sophistiquées. Les élèves travaillent
la nouvelle matière en l'utilisant sous différentes formes, ils emploient
souvent des énoncés connus dans des contextes nouveaux.
Ils "expérimentent" avec la langue afin de pouvoir la maîtriser
C'est donc pareil aux jeux: les enfants jouent pour pouvoir retravailler et comprendre les
expériences. Vient alors un moment où ils maîtrisent les nouvelles
formes, ils les ont intériorisées. Leurs compétences ont
évolué, les enfants peuvent désormais utiliser tout seuls les
structures narratives répétées et entraînées auparavant
ensemble avec leurs partenaires. Cette phase sera suivie de nouveau d'une phase de travail
commun où les enfants cherchent à apprendre davantage.
Vygotski explique cette alternance de phases au niveau social et individuel de la
manière suivante: "Every function in the child's cultural development
appears twice: first, on the social level, and later on the individual level; first,
between people (interpsychological), and then inside the child (intrapsychological). This
applies equally to volontary attention, to logical memory, and to the formation of conce pts.
All the higher functions originate as actual relations between human individuals"
26
26
Vygotsky, L.S., 1978,
Mind in Society
, page 86, page 57, Cambridge Mass.:
Harvard University Press
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