DECOPRIM 1/97 : suite

Claudine Kirsch
2ème année d'études
Mondercange

Suite du texte ...

2) Les élèves fréquentant d'autres classes

Une fois écrits, tous les textes étaient publiés. Les enfants les lisaient attentivement, seuls ou avec un copain. Ils recherchaient les mots inconnus ou demandaient une traduction.
Une autre façon de répéter des textes, de les lire et d'en assurer la compréhension, était la collaboration avec les enfants fréquentant les quatrième et cinquième années d'études. J'avais souvent recours à ces deux classes, non seulement pour lire un texte, mais également pour écrire ou corriger une nouvelle histoire.
La collaboration avec les autres enfants avait toujours un sens pour les petits qui voulaient apprendre grâce à l'aide des autres. La situation spéciale et l' attitude des enfants (aider ou apprendre) rendaient ces activités communes toujours riches et productives pour les deux parties: les grands et les petits en profitaient chaque fois pour apprendre un peu plus.
Les plus jeunes avaient un partenaire qui les soutenait et les aidait. J'étais souvent présente lorsque les grands louaient les petits et étaient pleins d'admiration pour leur travail. Cela encourageait évidemment les petits. D'autre part, chaque enfant de la 2e apprenait beaucoup plus lors de telles séances grâce à son partenaire qui le corrigeait, exigeait des répétitions et l'aidait à trouver des mots dans le dictionnaire. Les grands apprenaient à respecter et à aider les petits - mais leurs compétences langagières profitaient également de cette activité, car ce n'était pas un exercice quotidien d'écrire un texte avec un petit. Eux aussi devaient rechercher des mots, réfléchir sur les tournures à prendre et solliciter l'aide de leurs copains. Ils m'avouaient que cette tâche n'était pas facile. Ils se rendaient compte qu'ils avaient appris (et oublié) beaucoup, mais leurs connaissances ne suffisaient pas toujours pour pouvoir aider les petits à raconter leur histoire. En effet, les énoncés que réclamaient les petits n'étaient pas nécessairement ceux auxquels les grands avaient pensé. La plupart du temps, les enfants racontaient des histoires de la vie quotidienne ou des choses qui les touchaient, mais souvent les mots-clé de l'histoire leur manquaient. Comment traduire en effet De Pussy kraazt um Krazbam? Heureusement qu'il existe des dictionnaires!
Mes élèves étaient habitués aux activités communes avec d' autres classes (préscolaire et première année d'études), mais ce n'était pas le cas pour les enfants de la cinquième. Voilà quelques commentaires des enfants ainsi que de leur instituteur:

Les grands situaient l'apprentissage dans un contexte: on apprend une langue pour pouvoir communiquer. Ils remarquaient en même temps que les élèves avaient déjà appris beaucoup en lisant et en écrivant des histoires.
Les enfants de la cinquième étaient d'accord pour répéter ces activités, ils proposaient même de faire une séance où ils liraient leurs textes aux petits pour voir s'ils pouvaient déjà suivre.
Lorsque je racontais cette idée à mes élèves, ils étaient très fiers de pouvoir écouter les histoires des grands. Ils aiment travailler avec eux. Je leur demandais ce qu'ils pouvaient apprendre grâce à cette collaboration. Voilà quelques réponses:

Ils ajoutent que la collaboration leur donne la possibilité d'écrire de plus longues histoires. En écrivant avec les grands, les travaux avancent plus vite. En outre, grâce à la lecture commune, tout ce qui est resté incompris est expliqué immédiatement.
Je voudrais encore ajouter que des activités communes aident les enfants à construire des rapports sociaux authentiques et sincères: il n'y a ni la jalousie des petits vis-à-vis des grands ni le mépris des grands vis-à-vis des petits. Les petits sont fiers de travailler avec les enfants plus âgés et les grands se font un plaisir d' aider les plus jeunes. Ils ont même proposé de leur présenter leurs propres travaux! Cela me montre l'importance de sacrifier le temps nécessaire pour établir un cadre structuré où les productions et les communications des enfants ont la possibilité de s'établir et de s'épanouir. Je suis presque sûre que les grands et les petits qui s'entendent bien dans la salle de classe, n'ont pas de problèmes à la récré ou après les cours.
Voici encore un exemple d'une collaboration entre les enfants de ma classe, de la cinquième et des parents. Au départ de l'apprentissage, j'avais l'idée de créer un livre bilingue, contenant des histoires allemandes traduites également en français. Les enfants de la deuxième écrivaient une petite histoire allemande sur des sujets que je leur avais proposés (animaux, aliments, vêtements, affaires de classe, jouets). Ces mêmes histoires étaient traduites et présentées par les élèves de la cinquième année d'études.
Evidemment, les petits désiraient connaître la version française de leur texte. Ils la lisaient ensemble avec leur partenaire. Les petits comprenaient le sens, puisqu'ils connaissaient l'histoire, en outre, ils avaient toujours la version allemande sous les yeux. Les enfants voulaient également lire les histoires des copains, ils avaient maintenant la possibilité de la lire en deux langues. Le livret était accompagné d'une cassette sur laquelle les enfants avaient enregistré les histoires dans les deux versions. Pour l'enregistrement de la version française, nous avions recours aux parents resp. aux frères et soeurs aînés des enfants. (Ceci fut possible parce que ces activités se déroulaient après les cours.)
Maintenant, ils peuvent écouter chez eux la cassette et lire en même temps le texte du livret, c.-à-d. voir un mot et entendre sa prononciation. Sur cette même cassette, il y a d'autres histoires françaises racontées sur TEO.

DECOPRIM 1/97 suite