DECOPRIM 1/97 : suite

Claudine Kirsch
2ème année d'études
Mondercange

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3) Les camarades de classe

Si les interactions avec les parents ou les autres classes se suivent à un rythme régulier (chaque quinzaine), celles au sein de la classe sont quotidiennes. Plusieurs types d' échanges sont possibles:

Cette activité a lieu en trois temps: d' abord une phase de préparation et de répétition, où les enfants lisent le texte, l'analysent en tenant compte des différents personnages, lieux et objets, discutent les rôles (en luxembourgeois) et interprètent la scène (en français). Ils jouent et répètent jusqu'à ce que la pièce soit prête - c' est à eux de décider si et quand tel est le cas. Dans un deuxième temps, ils jouent la scène à leurs camarades. La représentation est suivie d'une phase d'échanges (questions et commentaires des enfants).
Un texte mis sur un bout de papier devient donc tridimensionnel, vivant grâce aux gestes, mimes et dialogues des enfants. Ces derniers montrent par là qu'ils sont capables d'analyser un texte, d'échanger quelques mots dans un contexte bien précis et de suivre des dialogues. En plus, ils apprennent à formuler des critiques resp. à les utiliser pour améliorer les performances et les histoires.
Cette activité prenait ses débuts deux semaines avant les vacances de pâques. Après avoir assisté à une conférence de Vivian Paley auteur et enseignante américaine, qui nous rappelait l'importance des histoires et des jeux dans sa conférence Story And Play, The Original Learning Tools 22 , je me relançais dans cette expérience, qui avait déjà fait ses preuves dans l'apprentissage de l'allemand. 13 Les vingt-quatre élèves ont commencé l'apprentissage du français à des niveaux très différents - ce qui ne dérangeait pas le processus, au contraire. Les enfants pouvaient apprendre l'un de l' autre grâce aux interactions ayant lieu en classe.
Au départ c'étaient essentiellement les quatre enfants francophones qui pouvaient aider les autres dans la lecture ou le storying. Les échanges avec eux étaient très riches et vivants. On sentait que les interactions, les petits dialogues p.ex leur faisaient plaisir et qu'ils aimaient parler. lls étaient souvent sollicités pour des traductions ou des prononciations. Ils arrivaient également très vite à lire et écrire des histoires. Ils dégageaient un sens de la lecture en lisant à voix haute et en comparant ensuite les mots lus avec les mots connus.
Les luxembourgeois, eux, voulaient apprendre à communiquer dans cette nouvelle langue. Ils savaient que l'aide des copains francophones était très précieuse. Ils avaient vraiment besoin d'eux pour comprendre un livre, connaitre des traductions, des prononciations, etc.
Quelques enfants se plongeaient seuls dans un livre et essayaient d'écrire une petite histoire. Ils sollicitaient de l'aide s'ils n'arrivaient plus à continuer tout seuls. D' autres enfants se lançaient moins vite dans cette expérience. Ils étaient contents, lorsqu'ils pouvaient travailler avec un enfant ayant déjà plus d'expérience qui pouvait les guider et aider.
Si les actes comme parler ou lire en langue française étaient plus faciles pour les enfants francophones, la situation ne restait plus pareille pour l'écrit. Il est clair que les élèves francophones disposaient du vocabulaire nécessaire pour écrire des textes, mais ils rencontraient les mêmes problèmes face à l' orthographe que les Luxembourgeois. Aujourd'hui, j'ose prétendre que les enfants luxembourgeois écrivent mieux du point de vue orthographe que les francophones. Jugeant que le français est encore plein de mystères, ils se concentrent probablement davantage sur les mots écrits.
La conversation suivante montre les premiers pas de cet apprentissage orthographique. Trois filles (deux luxembourgeoises et une portugaise) réfléchissent sur l'orthographe du mot kangourou:

Anne: le kangourou
Jessica: Wéi gët kangourou geschriwwen?
Catherine: Also ech... Ech sin keng Fransousin. Du muss dat jo wëssen.
Jessica : Ech nët (elle est portugaise)
Anne: schreif, wéis du et héiers.
Jessica réfléchit toujours.
Anne: k, nee c ... c
Catherine: Et gët jiddenfalls nët mat k geschriwwen.
Jessica met "cangou".
Anne: Nee, o as ja au, au as o.
Jessica: Nee, kangourou, et as richteg Elle met l'accent sur [u].
Elle termine "cangourou".

Après quelques semaines seulement, les filles savent que le mot kangourou s'écrit avec minuscule, que le [o] qu'ils entendent dans le mot kangourou s'écrit au et le [u] ou. Puisqu'elles n'avaient pas encore trouvé de mots français avec la lettre k, mais uniquement ceux avec un c, elles écrivent le mot kangourou avec la lettre c. J'ai dû leur apprendre qu'il y a quand même des mots avec k. L'influence du contexte socioculturel est donc sensible même au niveau de l'orthographe.
Comment les enfants apprennent-ils à écrire de façon correcte du point de vue orthographe?
De nouveau grâce à l'interaction! Ils consultent un dictionnaire ainsi que les albums de la bibliothèque ou recherchent des mots dans les textes des autres enfants. D'autre part, ils ont déjà mémorisé l'orthographe de beaucoup de mots grâce à la lecture. Quelques enfants aiment recopier des histoires lues dans les albums. Les textes que les enfants ont écrits, sont corrigés, certains sont recopiés dans le cahier d'histoires. La plupart du temps, je laisse participer plusieurs enfants à la correction d'un texte, puisque c'est une bonne occasion pour eux de réfléchir sur la langue et d'apprendre. En effet, après avoir lu le texte, les enfants se mettent toujours à discuter des mots, dont l'orthographe leur pose un problème. Souvent, ils comparent ces mots avec ceux employés dans leurs textes ou livres et trouvent des différences. C'est l'instant idéal pour leur apprendre quelque chose. C'est ainsi que quelques élèves avaient découvert qu'au pluriel, les verbes prennent -nt et beaucoup de substantifs la terminaison -s.
Après six semaines d'apprentissage, une élève disait en comparant le français à l' allemand:
"Franséisch as méi einfach, well do gët et keen das, an do gët alles kleng geschriwwen."
Cette activité de correction permet entre autres aux enfants d'apprendre des mots nouveaux. Ils arrivent à comprendre les mots inconnus, utilisés dans les textes de leurs copains. Lors de la lecture des textes, je veille à la prononciation correcte des mots. Ces activités me permettent donc d'observer et d' aider les élèves. Afin de pouvoir documenter le processus d'apprentissage de chaque enfant, je note la plupart de ces observations en vue de l'établissement du language record 9.
Les enfants ainsi que les parents sont persuadés que l'échange avec les partenaires est bénéfique dans un apprentissage. Voilà les commentaires de quelques mères à ce propos:

"Dadurch dass die Kinder in mehreren Gruppen zusammenarbeiten, werden sie unbewusst mehr gefördert zum Lernen. Es ist den Kindern nicht direkt bewusst, was sie aIles so innerhalb einer Gruppe leisten. Hierzu kommt, dass sie nicht der strengen, direkten Kontrolle des Lehrpersonals ausgesetzt sind, d.h. die Kinder fühlen sich freier, ungezwungener und fürchten sich nicht davor, dass sie vielleicht Fehler gesagt oder geschrieben haben. Falls dies so ist, helfen die Mitschüler sich untereinander und verbessern sich selbst. Da sie dies selbst auch tun, bleibt ihnen das Gelernte auch besser im Gedächtnis. Über Kommunikation und Spiel lernen die Kinder so innerhalb der Gruppe viel leichter und viel mehr. Ich kann dieser Arbeit nur zustimmen ... "

Steichen Gaby

" ... Die Rollenspiele finde ich sehr gut und auch, dass Eltern miteinbezogen werden. Die Kinder werden selbstbewusster. Sie lernen mit andern zu sprechen, zu diskutieren und auch mal Kritik anzunehmen."

Meyrer

Les échanges avec les différents partenaires portaient très vite des fruits. Ils mettaient les enfants de façon permanente dans une ZPD, zone of proximal development, terme de L.S. Vygotsky si souvent cité dans nos articles. Dans Mind in Society, l'auteur définit ce concept par: "It is the distance between the actual developmental level as determined by independent problem solving and the level of potential development as determined through problem solving under adult guidance or in collaboration with more capable peers." 25

9
Kinarian CLaude & al., 1996,
Der individuelle Sprachentwicklungsbericht , dans :
Appelchen 2, p. 40, Luxembourg : MENFP/SCRIPT

13
Paley, Vivian Gussin,
"Story and Play: The original Learning Tools" , conférence du 10 mars 1997 à Walferdange, Luxembourg

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22
Claerebout, Brigitte & Jaeger, Nathalie 1997,
Kollaboration - erstes und zweites Schuljahr
Schuljahr in Berchem, dans DECOPRIM1suite, Luxembourg: MENFP/SCRIPT

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25
Vygotsky, L.S., 1978,
Mind in Society , page 86, page 57, Cambridge Mass.:
Harvard University Press

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