| C) Les interactions |
Les premiers échanges à décrire sont ceux avec
l'entourage. Comme je l'ai déjà expliqué, les
enfants analysent le cadre dans lequel ils vivent et se font des
idées sur le fonctionnement d'une langue. Grâce aux
différents éléments de literacy présents
dans leur milieu social, les enfants apprennent à connaître
des mots, des structures, différents genres de texte et de style
etc.
J'ai essayé plus haut de montrer l'influence du contexte
socioculturel sur les documents des enfants, dans la suite, je
présenterai les interactions avec les différents
partenaires: les parents; les élèves des autres
classes et les camarades de classe.
| 1) Les parents |
La première activité organisée ensemble avec les
parents se déroulait sur trois heures et portait très vite
le nom de "Journée Française". Dans une
réunion préalable, quatorze mères s'étaient
déclarées d'accord pour travailler avec les enfants! J'avais
prévu un travail en atelier suivi par la présentation des
premiers textes des enfants, d'un livre et de sketchs.
Les mères s'occupaient des ateliers: il y avait plusieurs ateliers,
dont deux étaient obligatoires pour chaque enfant (les deux premiers)
et deux au choix. Après deux heures de travail, chaque enfant avait
donc participé à quatre activités différentes.
Les enfants travaillaient par groupe de trois et passaient une vingtaine
de minutes dans un atelier.
La journée connaissait un grand succès: tous les parents
étaient venus - dix mères pour travailler avec les
élèves et les autres (mères et pères) pour
assister. Les enfants étaient contents de voir les parents les
soutenir et fiers de pouvoir montrer ce qu'ils avaient déjà
appris. Les parents étaient contents de pouvoir collaborer et
d'assister par après à la présentation des textes et
des sketchs. C'etait également une bonne occasion pour eux de se
revoir et se parler. Je jugeais cette communication entre parents, enfants
et moi comme très fructueuse et je sentais que tous les participants
en avaient profité largement. En se parlant et en écoutant
les autres, on apprend à se connaître beaucoup mieux et
à se respecter davantage. En même temps cette journée
me donnait l'opportunité de présenter deux manières
d'apprentissage simples, mais très efficaces: lire et écrire
ensemble.
Par les réunions et la méthodologie utilisée en
allemand dès la première année d'études,
les parents savaient que la lecture et le storying étaient
des parts essentielles de l'apprentissage d'une langue. Beaucoup d'enfants
proposaient aux parents de lire chez eux les livres amenés de
l'école, resp. d'écrire ensemble une histoire française,
mais beaucoup de parents ne savaient pas encore comment procéder
dans cette langue. Ils avaient quelques doutes quant aux capacités
des enfants.
Grâce aux ateliers proposés ce jour-là, les parents
peuvaient observer de telles activités, contempler les documents
afférents et se rendre compte qu'elles étaient simples
à organiser et efficaces du point de vue résultat. En
effet, à la fin de la journée, chaque enfant était
à même de lire et de comprendre sa petite histoire.
Outre un plus grand respect pour les autres partenaires et une plus
grande compréhension des méthodes d' apprentissage, cette
journée eut deux autres conséquences pour notre vie scolaire:
d'abord quelques mères voulaient passer à l'école
pour écrire avec les enfants, ensuite d'autres parents
écrivaient avec les petits à la maison. Fiers de leur texte,
ces derniers le répétaient et le présentaient le
lendemain à leurs camarades. Ceci offrait alors de multiples
occasions pour travailler le texte avec toute la classe: travail de
lecture, de vocabulaire etc.
Au mois de mai, le rôle des parents changeait: cette fois-ci ils
pouvaient aider les enfants à présenter leur texte sur
scène. Les enfants travaillaient en petit groupe, ils
commencèrent à lire le texte aux copains. Ensuite, ils
analysaient le texte sous un angle tout à fait différent.
Ils discutaient des personnages, répartissaient les rôles,
parlaient du matériel nécessaire et cherchaient un endroit
dans la salle de classe pour la présentation finale. En plus, ils
devaient interpréter le texte de telle manière que les
camarades comprenaient, il était donc nécessaire de
prévoir des dialogues. Ceci était le plus difficile,
car dans leurs textes, les enfants ne les avaient pas prévus.
C'est le moment où les parents entraient en jeu, ils aidaient
les enfants à improviser et à intégrer des
dialogues. Finalement toutes les histoires étaient mises en
scène devant la classe et les élèves étaient
particulièrement fiers que les parents (souvent les mamans)
assistaient au spectacle.
La représentation influençait évidemment la
production de nouveaux textes: les histoires étaient plus
développées, plus riches en ce qui concerne le vocabulaire
et incorporaient souvent des dialogues. En fait, on assistait au même
processus qu'au début de l' année scolaire, où on
faisait un travail pareil sur les textes allemands.
21
Le dialogue et la communication avec les parents ont donc pris une place
dans mon enseignement. 22En tant qu'institutrice, j'essaie d'aider les
enfants dans leur apprentissage.
En réfléchissant sur la question comment l'enfant
apprend-il?-, en se documentant sur le sujet et en discutant avec
d'autres enseignants, on arrive à découvrir des
stratégies d'apprentissage qu'on essaie de développer
par la suite. Comme je l'avais déjà montré,
l'école ne représente cependant qu'un lieu parmi beaucoup
d'autres, où les enfants font des expériences et apprennent.
Ils sont à l'école 30 heures par semaine, et le reste du
temps, ils le passent à des endroits fort différents,
ensemble avec leur famille, leurs amis et bien d' autres encore. On ne
doit pas oublier que les parents jouent un rôle très
important dans le processus d'apprentissage. J'aimerais citer une partie
de la préface d'un livret édité par l'école
Kender Primary School à Londres et qui est destiné
aux parents: " Parents are their children's natural teachers. You have
already taught your children lots of things – to dress and feed
themselves, go to the toilet and the most impressive of all - they have
learnt to talk. Toddlers learn to talk by joining in conversations by as
best they can - in the same way, they start to read by playing -
reading - turning the pages of a familiar book and telling the story
from the pictures. Your child will make much better progress if we work
together " 23Ce livret se propose d'aider
les parents dans la lecture avec
les petits 24, un autre donne des conseils
concernant l'écriture.
Cette école nous rappelle qu'il est important de dialoguer avec
les parents et de définir des termes comme apprendre à
lire et à écrire avant de commencer un
apprentissage. En effet, on ne peut pas être sûr de parler de
la même chose.
" J'apprécie beaucoup la joie et l'enthousiasme avec lesquels ma
fille Anne a commencé son apprentissage de la langue
française. Dès le début, elle a aimé
à écrire des histoires. Elle se met à table avec son
dictionnaire et se débrouille à inventer des petits textes
français. Au besoin, elle demande de l'aide à son frère
ou à moi. Un jour elle voulait à tout prix écrire un
poème en français et elle l'a fait. Elle s'est aussi
donné beaucoup de peine pour le lire correctement.
L'enseignement, qui réussit à faire travailler les enfants
volontairement et joyeusement d'une telle façon, est idéal
à mon avis."
"Le fait de passer quelques heures à l'école de ma
fille m'a aidée à connaître les nouvelles
méthodes d'instruction employées à son école.
Ainsi, quand elle parle de sa journée à l'école en
employant des termes comme Heinevetter, Rollenspiele etc.
je n'ignore plus de quoi il s'agit. L'école pour moi n'est plus
l'endroit où les parents ne sont tolérés
qu'exceptionnellement. Mon enfant profite également de la
communication qui se fait entre l'enseignant, les parents et les
enfants, puisqu'ainsi, l'école n'est plus pour lui le lieu où
il faut apprendre à l'écart de la famille. D'autre part,
j'ai constaté qu'en travaillant en groupe avec d'autres enfants,
j'apprends plus sur mon propre enfant que si je suis seule avec lui en fin
de journée pour faire ses devoirs avec lui. Je pense qu'il est
également bien de connaître les petits camarades de son
enfant. Je ne peux qu'encourager l'initiative d'inviter de temps en
temps les parents des élèves à l'école pour
participer à des groupes de travail."
" Dass die Eltern auch mal teilhaben können am Unterricht finde
ich gut. Dadurch versteht man viel besser wie die Lehrerin auf die
einzelnen Kinder eingeht und sieht, wieviel Mühe und Geduld in
dieser Arbeit steckt."
Je ne peux pas reproduire ici tous les commentaires des parents, mais je
tiens à remercier tous les pères et mères pour leur
collaboration et les activités faites en classe.
Une bonne communication ne peut se faire que si tous les partenaires
y participent.
23
How to help with reading at home, Kender Primary School, Typeset by ESG, London
22
Claerebout, Brigitte & Jaeger, Nathalie 1997, Kollaboration - erstes
und zweites Schuljahr
Schuljahr in Berchem, dans DECOPRIM1suite, Luxembourg: MENFP/SCRIPT
24
Jeanne Nour el Din-Letsch documente son expérience
de lecture commune avec Helgi et sa m&egarev;re dans son article
"Wie man zu dritt",
dans : DECOPRIM 1/97 pp.19-23, Luxembourg : MENFP/SCRIPT
| DECOPRIM 1/97 suite |