DECOPRIM 1/97 : suite

Claudine Kirsch
2ème année d'études
Mondercange

Suite du texte ...

C) Les interactions

Les premiers échanges à décrire sont ceux avec l'entourage. Comme je l'ai déjà expliqué, les enfants analysent le cadre dans lequel ils vivent et se font des idées sur le fonctionnement d'une langue. Grâce aux différents éléments de literacy présents dans leur milieu social, les enfants apprennent à connaître des mots, des structures, différents genres de texte et de style etc.
J'ai essayé plus haut de montrer l'influence du contexte socioculturel sur les documents des enfants, dans la suite, je présenterai les interactions avec les différents partenaires: les parents; les élèves des autres classes et les camarades de classe.

1) Les parents

La première activité organisée ensemble avec les parents se déroulait sur trois heures et portait très vite le nom de "Journée Française". Dans une réunion préalable, quatorze mères s'étaient déclarées d'accord pour travailler avec les enfants! J'avais prévu un travail en atelier suivi par la présentation des premiers textes des enfants, d'un livre et de sketchs.
Les mères s'occupaient des ateliers: il y avait plusieurs ateliers, dont deux étaient obligatoires pour chaque enfant (les deux premiers) et deux au choix. Après deux heures de travail, chaque enfant avait donc participé à quatre activités différentes.

Les enfants travaillaient par groupe de trois et passaient une vingtaine de minutes dans un atelier.
La journée connaissait un grand succès: tous les parents étaient venus - dix mères pour travailler avec les élèves et les autres (mères et pères) pour assister. Les enfants étaient contents de voir les parents les soutenir et fiers de pouvoir montrer ce qu'ils avaient déjà appris. Les parents étaient contents de pouvoir collaborer et d'assister par après à la présentation des textes et des sketchs. C'etait également une bonne occasion pour eux de se revoir et se parler. Je jugeais cette communication entre parents, enfants et moi comme très fructueuse et je sentais que tous les participants en avaient profité largement. En se parlant et en écoutant les autres, on apprend à se connaître beaucoup mieux et à se respecter davantage. En même temps cette journée me donnait l'opportunité de présenter deux manières d'apprentissage simples, mais très efficaces: lire et écrire ensemble.
Par les réunions et la méthodologie utilisée en allemand dès la première année d'études, les parents savaient que la lecture et le storying étaient des parts essentielles de l'apprentissage d'une langue. Beaucoup d'enfants proposaient aux parents de lire chez eux les livres amenés de l'école, resp. d'écrire ensemble une histoire française, mais beaucoup de parents ne savaient pas encore comment procéder dans cette langue. Ils avaient quelques doutes quant aux capacités des enfants.
Grâce aux ateliers proposés ce jour-là, les parents peuvaient observer de telles activités, contempler les documents afférents et se rendre compte qu'elles étaient simples à organiser et efficaces du point de vue résultat. En effet, à la fin de la journée, chaque enfant était à même de lire et de comprendre sa petite histoire.
Outre un plus grand respect pour les autres partenaires et une plus grande compréhension des méthodes d' apprentissage, cette journée eut deux autres conséquences pour notre vie scolaire: d'abord quelques mères voulaient passer à l'école pour écrire avec les enfants, ensuite d'autres parents écrivaient avec les petits à la maison. Fiers de leur texte, ces derniers le répétaient et le présentaient le lendemain à leurs camarades. Ceci offrait alors de multiples occasions pour travailler le texte avec toute la classe: travail de lecture, de vocabulaire etc.
Au mois de mai, le rôle des parents changeait: cette fois-ci ils pouvaient aider les enfants à présenter leur texte sur scène. Les enfants travaillaient en petit groupe, ils commencèrent à lire le texte aux copains. Ensuite, ils analysaient le texte sous un angle tout à fait différent. Ils discutaient des personnages, répartissaient les rôles, parlaient du matériel nécessaire et cherchaient un endroit dans la salle de classe pour la présentation finale. En plus, ils devaient interpréter le texte de telle manière que les camarades comprenaient, il était donc nécessaire de prévoir des dialogues. Ceci était le plus difficile, car dans leurs textes, les enfants ne les avaient pas prévus. C'est le moment où les parents entraient en jeu, ils aidaient les enfants à improviser et à intégrer des dialogues. Finalement toutes les histoires étaient mises en scène devant la classe et les élèves étaient particulièrement fiers que les parents (souvent les mamans) assistaient au spectacle.
La représentation influençait évidemment la production de nouveaux textes: les histoires étaient plus développées, plus riches en ce qui concerne le vocabulaire et incorporaient souvent des dialogues. En fait, on assistait au même processus qu'au début de l' année scolaire, où on faisait un travail pareil sur les textes allemands. 21
Le dialogue et la communication avec les parents ont donc pris une place dans mon enseignement. 22En tant qu'institutrice, j'essaie d'aider les enfants dans leur apprentissage.
En réfléchissant sur la question comment l'enfant apprend-il?-, en se documentant sur le sujet et en discutant avec d'autres enseignants, on arrive à découvrir des stratégies d'apprentissage qu'on essaie de développer par la suite. Comme je l'avais déjà montré, l'école ne représente cependant qu'un lieu parmi beaucoup d'autres, où les enfants font des expériences et apprennent. Ils sont à l'école 30 heures par semaine, et le reste du temps, ils le passent à des endroits fort différents, ensemble avec leur famille, leurs amis et bien d' autres encore. On ne doit pas oublier que les parents jouent un rôle très important dans le processus d'apprentissage. J'aimerais citer une partie de la préface d'un livret édité par l'école Kender Primary School à Londres et qui est destiné aux parents: " Parents are their children's natural teachers. You have already taught your children lots of things – to dress and feed themselves, go to the toilet and the most impressive of all - they have learnt to talk. Toddlers learn to talk by joining in conversations by as best they can - in the same way, they start to read by playing - reading - turning the pages of a familiar book and telling the story from the pictures. Your child will make much better progress if we work together " 23Ce livret se propose d'aider les parents dans la lecture avec les petits 24, un autre donne des conseils concernant l'écriture.
Cette école nous rappelle qu'il est important de dialoguer avec les parents et de définir des termes comme apprendre à lire et à écrire avant de commencer un apprentissage. En effet, on ne peut pas être sûr de parler de la même chose.

Voici quelques commentaires des parents sur l'enseignement du français:

" J'apprécie beaucoup la joie et l'enthousiasme avec lesquels ma fille Anne a commencé son apprentissage de la langue française. Dès le début, elle a aimé à écrire des histoires. Elle se met à table avec son dictionnaire et se débrouille à inventer des petits textes français. Au besoin, elle demande de l'aide à son frère ou à moi. Un jour elle voulait à tout prix écrire un poème en français et elle l'a fait. Elle s'est aussi donné beaucoup de peine pour le lire correctement.
L'enseignement, qui réussit à faire travailler les enfants volontairement et joyeusement d'une telle façon, est idéal à mon avis."

Freichel Marianne

"Le fait de passer quelques heures à l'école de ma fille m'a aidée à connaître les nouvelles méthodes d'instruction employées à son école. Ainsi, quand elle parle de sa journée à l'école en employant des termes comme Heinevetter, Rollenspiele etc. je n'ignore plus de quoi il s'agit. L'école pour moi n'est plus l'endroit où les parents ne sont tolérés qu'exceptionnellement. Mon enfant profite également de la communication qui se fait entre l'enseignant, les parents et les enfants, puisqu'ainsi, l'école n'est plus pour lui le lieu où il faut apprendre à l'écart de la famille. D'autre part, j'ai constaté qu'en travaillant en groupe avec d'autres enfants, j'apprends plus sur mon propre enfant que si je suis seule avec lui en fin de journée pour faire ses devoirs avec lui. Je pense qu'il est également bien de connaître les petits camarades de son enfant. Je ne peux qu'encourager l'initiative d'inviter de temps en temps les parents des élèves à l'école pour participer à des groupes de travail."

Kayser Marion

" Dass die Eltern auch mal teilhaben können am Unterricht finde ich gut. Dadurch versteht man viel besser wie die Lehrerin auf die einzelnen Kinder eingeht und sieht, wieviel Mühe und Geduld in dieser Arbeit steckt."

Steichen Gaby

Je ne peux pas reproduire ici tous les commentaires des parents, mais je tiens à remercier tous les pères et mères pour leur collaboration et les activités faites en classe.
Une bonne communication ne peut se faire que si tous les partenaires y participent.

21
Kirsch, Claudine, 1997,
Léiwe Kleeschen, gudde Kleeschen , dans :
Decoprim 1/97, p. 59, Luxembourg : MENFP/SCRIPT
Retour vers le texte

23
How to help with reading at home, Kender Primary School, Typeset by ESG, London

Retour vers le texte

22
Claerebout, Brigitte & Jaeger, Nathalie 1997,
Kollaboration - erstes und zweites Schuljahr
Schuljahr in Berchem, dans DECOPRIM1suite, Luxembourg: MENFP/SCRIPT

Retour vers le texte

24
Jeanne Nour el Din-Letsch documente son expérience de lecture commune avec Helgi et sa m&egarev;re dans son article
"Wie man zu dritt",
dans : DECOPRIM 1/97 pp.19-23, Luxembourg : MENFP/SCRIPT

Retour vers le texte

DECOPRIM 1/97 suite